Avant la naissance de Kyoto, et pour des questions spirituelles, le souverain accédant au trône avait pour coutume de bâtir un nouveau palais ailleurs que sur l’emplacement de son prédécesseur, déplaçant ainsi avec lui le centre du pouvoir. Ceci jusqu’à la fondation de Nara, en 710, qui fut la première capitale stable (pendant 80 ans seulement).
À ce moment-là, le pouvoir exercé par les temples bouddhistes (notamment du Tōdaiji) ainsi que la noblesse paralysaient la cour. Le désir du nouvel empereur Kanmu d’appuyer son règne à la manière de la dynastie chinoise de l’époque, en souverain absolu, le décida à transférer la capitale sur un autre site, loin des influents temples et famille de nobles. Kyoto fut donc fondée de cette volonté politique d’organiser le pays autour d’une monarchie hiérarchisée toute puissante.
L’emplacement de la nouvelle capitale était à l’origine autre, mais à la suite du meurtre du ministre chargé de la construction de la capitale par des opposants à cette idée, et d’inondations successives, Kanmu abandonna ce premier site (craignant la vengeance de l’esprit du défunt ministre) pour choisir de s’installer à Heian-kyô, la ville capitale, mais également « capitale de la paix », actuelle Kyoto. S’ensuivirent alors quatorze années de lutte et de règne autocratique pour finalement transférer définitivement en 794 la capitale à Kyoto et ne plus craindre la remise en question de son autorité.
L’emplacement de la ville fut choisi pour sa géographie (facilité de ravitaillement par les voies terrestres et fluviales- les rivières Kamo et Katsura respectivement à l’est et à l’ouest du palais – ainsi qu’un axe de circulation est-ouest qui deviendra la route du Tokaido), et parce que le site satisfaisait les critères de circulation des énergies selon l’art de la géomancie chinoise (le feng shui d’aujourd’hui). En effet, les montagnes du nord (le Mont Kurama notamment) protégeaient des mauvais esprits, et les reliefs à l’est (Higashiyama) et à l’ouest (Arashiyama) protégeaient la ville (on y construit ensuite d’autres temples comme le Kiyomizu-dera avec le dragon bleu comme gardien). Au sud, la direction était ouverte et un cours d’eau (la rivière Yodo, débouchant dans la baie de Osaka) s’y trouvait. Enfin, le site n’était pas prône aux inondations.
Ce site n’était par ailleurs pas vierge bien que les sources de l’époque affirment le contraire. Par exemple, on sait que la famille noble Kamo disposait déjà des sanctuaires Kamigamo et Shimogamo à l’est de l’emplacement du futur palais (et qui existent encore aujourd’hui).
La construction du palais et de l’enceinte de la ville suivirent également le modèle des capitales chinoises : un plan en damier, avec le palais au nord et une imposante avenue (plus de 80 mètres de large !) menant à la porte du sud, gardée par deux temples (le temple Tôji, à l’est de la porte, perdure encore aujourd’hui) et des rues perpendiculaires tout au long de cette avenue principale, avec des quartiers organisés hiérarchiquement par rang de noblesse (les plus proches de la cour vivaient aussi près du palais) et corps de métier. Toute l’organisation de la ville reposait sur des règlements stricts imposés par la cour afin de créer une vie harmonieuse et prospère.
source : site histoire du Japon
Plan approximatif de l’ancienne capitale surimposée sur la vue satellite de la ville actuelle.
À noter, que le Palais Impérial actuel se trouve au nord-est de l’emplacement du palais de l’empereur Kanmu (qui lui serait donc maintenant le centre-ville), et ses bâtiments datent de 1855.
L’histoire de la ville est ensuite longue et mouvementée, reflet de la vie politique et sociale du Japon, et sa morphologie mua au fil des siècles, des luttes de pouvoir et des guerres féodales.
La croissance anarchique des rues autour du damier originel au temps du shogunat, la construction de nouveaux temples et la naissance de nouveaux quartiers près des habitations des familles puissantes, la destruction par le feu, les guerres civiles et même un tremblement de terre en 1600, etc. donnera la ville que nous connaissons aujourd’hui.
Malgré tout, Kyôto resta capitale pendant plus de mille ans (jusqu’en 1868), et l’empereur Kanmu fut un empereur dynamique et puissant dont les réformes politiques, religieuses, culturelles et militaires modifièrent l’état japonais de manière fondamentale. Son kami (esprit divinisé) est aujourd’hui vénéré au sanctuaire Heian.
Kyoto reste aujourd’hui garante des traditions et des arts traditionnels japonais, et c’est encore le cœur culturel et religieux du pays, avec 2000 temples et sanctuaires dont 17 inscrits au Patrimoine mondiale de l’humanité par l’UNESCO, 34 musées, et de nombreux jardins.
C’est aussi le berceau de la cérémonie du thé, de l’ikebana, de la tradition textile (tissage de kimono, teinture shibori), et de la cuisine kaiseki. La ville du kabuki, du Nô, des geishas et de la littérature japonaise…
Comme toutes les grandes villes (+1,4 millions d’habitants), Kyoto comporte des quartiers distincts (divisés en 11 circonscriptions), offrant une atmosphère, des sites et des attractions propres dont je vous parle dans cet autre article.
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