La maison de Kawaï Kanjiro
Une magnifique adresse pour tous ceux qui s’intéressent à la poterie japonaise.
Kawaï Kanjiro, artiste céramiste du XXème siècle (mort en 1966), est un des maîtres du mouvement mingei qui travaillait à revaloriser l’objet artisanal, simple et bon marché, en façonnant des objets du quotidien.
C’est la maison qui fut aussi son atelier dès 1920 que l’on visite dans le quartier d’Higashiyama, près du temple Kiyomizudera (référencé sur la carte Google Slow Kyoto dans musées).
Artiste célébré de son vivant, en particulier pour son expertise dans les émaux naturels (en particulier le cuivre chaud rouge et le fer brun), il ne signe jamais ses pots disant à Claude Durix, auteur du livre » Le potier de Kyôto « , qui l’a rencontré en 1956.
[…] quand je travaille, je me sens habité par une force intérieure qui crée la beauté. Ce n’est donc plus moi qui agis, c’est cette force qui me pousse et je n’ai pas le droit de considérer comme mienne l’œuvre qui en résulte. Si elle vous plaît, alors, signez-la vous-même : elle vous appartient autant qu’à moi, plus qu’à moi !
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Kawaï Kanjiro était également philosophe, calligraphe, sculpteur et poète. Quelques-uns de ses poèmes sont publiés dans le livre de Claude Durix:
L’essence de la beauté,
C’est la Joie que l’on retire
De savoir la découvrir en Tout
Franchement, je serai restée des heures là-bas. Je n’avais pas envie de partir.
J’avais lu le livre de Claude Durix avant de partir, mais les photos de l’œuvre de Kawaï Kanjiro n’y figurent pas. J’étais donc très heureuse de les voir exposées dans les vitrines de la maison, et souvent même comme élément de la décoration (par exemple quelques-unes de ses célèbres sculpture de main en bois).
J’ai également adoré voir le grand four de style Noborigama qu’il fit construire pour y cuire ses poteries, et qui était en fait un four collectif nécessitant plusieurs jours de veillée, à être alimenté en bûches de bois, jour et nuit, pour une parfaite cuisson des pièces. On se promène dans les différentes chambres en imaginant ce travail laborieux, et on est émerveillé !
Et puis il y a aussi un chat qui se balade nonchalamment dans la maison, se roule par terre et se fait dorer au soleil. Il aime bien se faire caresser, et nous faire craquer devant sa « kawai-té » (mot que je viens d’inventer). C’est sans doute ce que les enfants ont préféré de leur visite:)
Pour ceux et celles qui lisent le japonais, il y a beaucoup de livres et de publications à la disposition des visiteurs sur une grande table. On peut s’y installer et feuilleter autant qu’on le souhaite. Pour ma part, j’aurais aimé du contenu en anglais.
Si le mouvement mingei vous intéresse, je vous recommande la lecture de l’article de Pen sur le sujet.
Musée du raku
Un incontournable si vous vous intéressez à la céramique ou à la cérémonie du thé.
Je n’ai malheureusement pas de photos personnelles à vous proposer (j’en ai scanné quelques-unes du livre que j’ai acheté là-bas) car j’y suis allée seule en 2015.
J’avais eu beaucoup de mal à le trouver d’ailleurs. Le système d’adresse au Japon est très différent du nôtre. Seulement les grands axes portent des noms, et la numérotation des bâtiments semble aléatoire dans les quartiers anciens (en fait leur numéro est donné en fonction de leur année d’inscription au cadastre…donc c’est impossible de s’y retrouver !). Du coup, les adresses sont données à partir d’intersection de deux rues nommées, puis ensuite, un petit plan vous indique où se trouve ce que vous cherchez. Bref, on tourne parfois très longtemps avant d’arriver à son but !
Le musée du Raku est un très petit musée qui devrait intéresser les amateurs de poterie bien entendu, mais aussi tous les amateurs de thé.
Le potier Chōjiro (XVIème siècle), fondateur du style Raku, développa le style wabi sous l’influence du maitre de thé Sen no Rikyu (dont on a parlé dans une série consacrée à la cérémonie du thé), et on retrouve plusieurs exemplaires de ses célèbres bols raku noirs ou rouges.
Le raku est une technique de confection de céramique développée au Japon, connue en Occident mais où on la pratique de manière très différente à la technique traditionnelle japonaise.
Les trois points caractéristique de la technique Raku se résument par:
1. Les pièces sont façonnées à la main (jamais au tour de potier)
2. Les pièces sont cuites et émaillées à basse température
3. Les pièces sont cuites individuellement, dans des fours spécifiques à cette technique (les clés du Raku sont une cuisson rapide et un refroidissement rapide)
À l’époque, je ne savais pas trop quoi regarder ni comment apprécier les pièces exposées, mais j’ai aimé l’intimité du musée (il y avait très peu de visiteurs quand j’y étais) et sentir combien tous ces bols avaient une importance majeure dans l’histoire du chanoyu.
En sortant j’ai acheté un livre » Raku, a legacy of Japanese Tea Ceramics « qui m’a aidé à comprendre le raku et le développement des ustensiles destinés à la cérémonie du thé (si ma mémoire est bonne, il y a très peu d’explications en anglais au musée).
La ville de Shigaraki
La ville de Shigaraki est un important centre de poterie au Japon. C’est une petite ville de potiers, à une heure de route (ou deux heures de train) de Kyôto. Surtout connue pour ses tanuki, vous y trouverez des dizaines de boutiques de céramiques vendant aussi bien des objets utilitaires que des pièces d’art contemporain, et donc pour tous les budgets.
Vous pouvez commencer votre visite par le petit musée de poterie de Shigaraki qui vous donnera les bases pour comprendre en quoi la céramique et les techniques utilisées traditionnellement dans la région se distinguent des autres.
En sortant, le long de la rue, vous trouverz des boutiques spécialisées pour acheter des outils et du matériel de poterie, ainsi que des boutiques, petites et grandes, qui vendent une grande variété de produits céramiques.
En vous promenant plus loin, vous aurez sans doute l’occasion de voir des fours traditionnels (dont certains sont maintenant fermés), et des boutiques qui vendent des hibachi (voir photo), qui sont des brasiers japonais, énormes (une pièce creuse de poterie dans laquelle on fait brûler du charbon de bois. En se rassemblant autour l’hiver, on se réchauffe et, si on y met une grille, on peut même cuisiner).
Si vous aimez la poterie, une journée à Shigaraki pourrait vous combler. Et pourquoi pas en profiter pour visiter aussi le musée Miho qui ne se trouve pas très loin et qui est une merveille d’architecture (il vous faudra une voiture) ?
Enfin, si vous avez du temps et que vous aimeriez vous essayer à la poterie vous-même, ou simplement avoir le plaisir de voir un céramiste à l’œuvre, vous pouvez prendre contact avec notre ami Shigeru Hirayama pour discuter de ses disponibilités.
Lisez cet article de blog pour connaître son travail, sa philosophie et avoir son email de contact.
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