Dans l’article introductif à l’art du jardin japonais, nous avons introduit le concept de miniaturisation de la nature et du symbolisme comme deux composantes importantes de l’aménagement d’un jardin japonais. La présence de l’eau, et les diverses formes qu’elle prend, en est une parfaite illustration.
L’eau, élément purificateur dans la religion shintō, est offerte dans des bassins de pierre, appelés aussi pierres à eau ou pierres à ablutions, invitant ainsi le visiteur à se purifier, et particulièrement dans un jardin de thé, où l’invité se nettoira les mains à l’aide d’une louche en bambou à un tsukubai (bassin bas nous obligeant à nous pencher voire nous accroupir) avant de pénétrer dans la chambre de thé.
L’eau
En aménageant les cours d’eau, souvent alimentés par des sources naturelles, on représente les torrents des montagnes, tortueux et étroits, avec parfois leurs cascades, ou alors les plus calmes rivières, plus larges et droites. L’agencement des roches et des pierres disposées le long de ces cours d’eau se fait selon les principes décrits dans le plus vieil ouvrage traitant de la conception de jardins, le Sakuteiki (XIème siècle).
Si l’eau est présente sous forme d’étang, celui-ci aura souvent la forme d’un idéogramme et ne sera jamais symétrique. L’asymétrie étant un autre critère important de l’esthéthique japonaise.
J’ai aussi lu des interprétations religieuses des différentes formes de cours d’eau, qui utilisent la métaphore du cours de la vie, voire de la voie bouddhiste : des eaux tumultueuses de l’enfance/du novice vers les eaux calmes de la vieillesse/la sagesse.
Mentionnons aussi le shishi odoshi et le suikinkutsu qui utilisent tous les deux l’eau pour produire un son. Un bruit bref, sec et régulier dans le premier cas, et qui servait à éloigner les cerfs et les autres bêtes sauvages (un exemplaire est visible au temple Shisendo), et un bruit plus long, fluide et caverneux dans le deuxiéme cas lorsque l’eau s’écoule à l’intérieur (un exemplaire est visible au temple Enkōji).
Les rochers et les pierres
Les rochers sont un élément central des jardins japonais. Leur forme et leur disposition sont souvent liées au bouddhisme : de l’arrangement le plus connu d’un long et haut rocher au côté d’une pierre basse et aplatie représentant respectivement une grue et une tortue (symbole de longévité et de bonheur), à des groupements plus complexes souvent en nombre impairs (3, 5 ou 7), le symbolisme est présent.
Sur les eaux de l’étang, rougies par le reflet des érables, on remarque d’abord un petit pont de pierre grise et une barque de granit, puis au fond, sur l’autre rive, un rocher dressé : le Bouddha qui nous attend dans son paradis.[…] Intense poésie de ce jardin d’eau et de pierre qui invite à la rêverie, tout en délivrant un message précis. Sous la peau du monde, un autre monde existe… p190 Un automne à Kyôto, Corinne Atlan
Quatre gros rochers représentent la tête, l’épaule et le torse, les jambes, les pieds du Bouddha […] Des pierres disposées irrégulièrement sur la mousse devant son corps étendu figurent ses disciples et divers animaux […] p201 Un automne à Kyôto, Corinne Atlan
Mais il y a aussi les pierres de gué qui permettent de passer d’une rive à l’autre, celles qui rythment les pas du visiteur (appelées pas japonais) et le guident sur le sentier, et les graviers blancs, symboles de pureté qui servent à marquer les lieux sacrés depuis l’Antiquité, qui se retrouvent « sculptés » dans les jardins secs.
Les carpes koi
Le mouvement des carpes, c’est le temps dans lequel nous vivons, dont l’unité est la seconde, tandis que les arbres aux feuilles rouges – ou d’un vert touffu, ou en fleurs, selon le moment – appartiennent au cours ample des saisons, en d’autres termes, à un temps qui ne se contente pas de s’écouler puis de disparaitre, mais qui revient de manière cyclique.
Élément indispensable qui fait le lien entre le monde de silence et de sérénité du jardin et le monde humain depuis lequel nous les contemplons, les carpes égrènent le temps. Sans elles, la perfection des jardins serait froide et inerte. Elles les relient à la vie en y introduisant un peu de désordre. p192 Un automne à Kyôto, Corinne Atlan
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