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Cet article a été écrit par Laetitia Hébert, spécialiste de poupées kokeshi artisanales du Japon, auteure du livre Kokeshi, l’art des poupées japonaises, éd. Sully, et propriétaire de la boutique folkeshi.com

Plus d’infos sur Laetitia à la fin de l’article.

Visages impassibles, ni bras ni jambes et uniformité apparente… mais à quoi tient le charme des poupées kokeshi ?

Ces figurines en bois sont devenues étroitement liées au Japon touristique. Vous en avez peut-être vu… sur les étagères d’un magasin de souvenir ici ou là… dans des caisses (ou à même le sol !) dans des brocantes… ou lors d’un dernier tour de shopping pour écouler vos yens, à Narita. Elles font un souvenir de voyage apprécié, et curieusement familier.

Si vous n’en avez jamais côtoyé, le mot kokeshi vous fait peut-être penser à un objet en forme de quille, ou à une élégante poupée aux cheveux noirs, en kimono à motifs. En vérité, il y a de nombreuses sortes de kokeshi ! Cet artisanat a connu un fort développement depuis ses origines, c’est ce qui explique la diversité des poupées kokeshi que l’on rencontre aujourd’hui.

 

Historiquement, les premières kokeshi sont celles que l’on appelle encore « traditionnelles ». Des artisans se transmettent leur savoir-faire de générations en générations, depuis deux siècles. Cette passation, effectuée dans le cadre étroit d’un apprentissage formel, fait que les motifs peints aujourd’hui sont en fait hérités du début du 19e siècle. Les kokeshi traditionnelles sont classées en 11 styles liés à différentes régions de production, toutes dans le nord du pays : Tsuchiyu, Sakunami, Togatta, Naruko, Yajiro, Hijiori, Zao, Yamagata, Kijiyama, Nanbu et Tsugaru. Chacun a été fondé par un individu, puis répandu au fur à mesure que leurs apprentis s’installaient, prenaient des apprentis à eux, etc. Chaque style a ses propres formes et motifs, que les amateurs reconnaissent en un coup d’œil.

 

Plus récentes, les kokeshi créatives datent du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Elles ont connu beaucoup de mutations, allant de la pièce à bas coût produite en grand quantité, jusqu’à l’œuvre unique demandant plusieurs semaines de travail. Les artisans de kokeshi créatives ont souvent un fonctionnement plus autodidacte, et développent leur propre vision artistique.

 

L’écrasante majorité des ateliers de kokeshi sont individuels. Créer des kokeshi est un travail solitaire, auquel les artisans dédient leur vie. J’ai (Laetitia) eu la chance de rencontrer de nombreux artisans dans leurs ateliers – dont celui de Katase Kaihei (1921-2015), à Hakone, qui était encore en activité à 93 ans !

 

Souvent étroits (et en bazar !), les ateliers sont parfois adossés à la maison des artisans, ou associés à une mini boutique. Le bois sèche dehors, en attendant d’être débité en morceaux puis travaillé sur le tour à bois. On y est accueilli chaleureusement, avec un café, un thé… ou une canette de bière, selon l’humeur de l’artisan ! Les poupées kokeshi y sont fabriquées entièrement à la main. Le même artisan assure à la fois le travail du bois et la réalisation du décor. Le dessin des traits du visage, à l’encre noire, requiert un geste sûr et une grande concentration.

 

Chaque kokeshi, lentement peinte à la main, devient donc unique, se distinguant de ses jumelles par un détail, un sourcil légèrement plus arqué, l’angle d’un pétale de fleur. Le grain du bois, spécifique à chaque pièce, ajoute, lui aussi, ses particularités, une veine plus visible qu’une autre, des reflets nacrés parfois.

 

Les matériaux utilisés pour fabriquer les poupées sont d’origine naturelle (bois, pigments) et subissent le passage du temps. Les couleurs ont tendance à s’affadir avec le temps, tandis que le bois, lui, fonce graduellement sous l’action de la lumière… La lente transformation d’un objet fait-main, tout à fait dans l’esprit wabi-sabi. D’ailleurs, certains collectionneurs préfèrent les kokeshi ayant déjà bien vécu !

 

Les poupées kokeshi sont aussi l’incarnation d’un Japon rural qui s’est un peu perdu en 2020. Le Tohoku, la région d’origine des kokeshi (où les traditionnelles sont toujours produites) est une région peu densément peuplée, visitée par peu de touristes, qui a été touchée plus tard par la mondialisation, et peu cosmopolite. Les paysages de montagne sont encore bien préservés de l’urbanisation, la côte offre des points de vue magnifiques, encensés depuis des siècles, comme Matsushima. Bref, aux yeux des Japonais, c’est le Japon « d’avant », dont ils sont volontiers nostalgiques.

 

Pour les connaisseurs, les poupées kokeshi sont surtout la cristallisation d’un savoir familial. Cet artisanat est avant tout transmis au sein des familles, de père en fils, moins fréquemment de père en fille. L’héritage familial est systématiquement mis en avant. Et, pour les artisans dont l’arbre généalogique remonte jusqu’au fondateur d’un style, c’est une source de grande fierté !

 

À propos de Laetitia :

J’ai découvert l’ampleur des subtilités dans l’artisanat des kokeshi un peu par hasard. Installée au Japon et curieuse de mon pays d’adoption, j’ai multiplié les lectures… et suis tombée sur ce livre d’interview d’artisans. A peine le livre refermé, j’en voulais plus : creuser, mieux comprendre, observer par moi-même. Une envie qui m’a menée d’atelier en atelier, avec le désir de prendre part, d’une certaine manière, à la survivance de cet artisanat fragilisé. J’ai créé un site e-commerce, dédié aux kokeshi. Mon idée, c’était d’un côté, d’aider les artisans à toucher un nouveau public, et de l’autre côté, permettre aux passionnés en France de faire entrer des kokeshi neuves dans leur collection. En créant si possible un cercle vertueux qui m’aiderait à la fois à proposer plus de modèles aux uns, et en gagnant en réputation auprès des autres !

Concrètement, je travaille de préférence avec des artisans dont j’ai visité les ateliers (j’adore !) ; mais, n’étant désormais plus au Japon, les contacts commencent maintenant souvent grâce à internet. Je choisis, parmi ce qu’ils fabriquent, des petites séries de modèles que j’aime : certains avec un vrai ancrage traditionnel, d’autres plus contemporains. Ils fabriquent ensuite ma commande, me l’expédie, et je travaille ensuite sur les photos et la présentation pour ma boutique.

Mes préférences pour les kokeshi traditionnelles sont assez visibles – mais je suis très heureuse d’annoncer de très prochaines collaborations avec des artisans de kokeshi créatives.

Il y a deux-trois ans, j’ai commencé à partager l’idée que j’aimerais faire un livre. La magie d’internet a opéré, on m’a mise en contact avec un éditeur, et Kokeshi, l’art des poupées japonaises est né fin 2019, aux éditions Sully… après une intense année de recherches et d’écriture.

On me demande souvent le pourquoi d’une telle spécialisation… et je crois que les kokeshi, d’une certaine façon, sont pour moi la symbiose de ce que j’aime au Japon : la beauté dans la simplicité. Leur charme tient à quelque chose de fragile : un trait tracé au pinceau dans le calme d’une pièce encombrée de machines, la chaleur du bois, les motifs floraux parfois énigmatiques ! « 

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