Le 3 mars, au Japon. on célèbre les filles. C’est le festival connu sous le nom de hina matsuri, littéralement fête des poupées.
Avant de devenir des jouets pour enfants, les poupées étaient, au Japon, des objets protecteurs et exorciseurs capables d’éloigner les maladies et les démons. Aujourd’hui encore, nombreux sont les japonais qui rendent un dernier hommage à leurs vieilles poupées en les apportant au sanctuaire, le jour du service mémorial d’octobre, où elles recevront la bénédiction du prêtre avant d’être brûlées. Il ne serait pas moral de s’en débarrasser sans les remercier avant pour leurs loyaux services.
L’origine de la fête hina matsuri est complexe, et semble avoir été influencée à la fois par le bouddhisme et le shintō.
Du côté du shintō, il existe un ancien rituel de purification qui consistait à se frotter le corps avec des objets ayant une silhouette humaine (qu’on pourrait appeler des poupées) faits de paille ou de papier, afin de leur transférer nos impuretés avant de les jeter à l’eau et ainsi se débarrasser de toutes les souillures.
Du côté bouddhiste, en Chine, cinq cérémonies annuelles (appelés go sekku ) avaient lieu à des dates favorables selon le calendrier lunaire en vigueur à l’époque. Ainsi, le troisième jour de la troisième lune, les familles se rassemblaient près d’un cours d’eau, pour boire, manger et rappeler les âmes des défunts sur « l’autre rive » (dans la tradition bouddhiste, les défunts traversent une rivière pour rejoindre le Nirvana). C’était la fête de la pêche (les fleurs de pêchers commençaient à fleurir à ce moment-là), qui a ensuite été célébrée au Japon pendant très longtemps par les nobles qui se rassemblaient pour pique-niquer près d’une rivière, et pratiquaient le rituel d’exorcisation de la poupée de papier. Rituel qui s’est enfin étendu à toutes les classes de la population et s’est, peu à peu, transformé en jeu durant lequel les enfants s’amusaient avec des pliages en origami qu’ils mettaient à l’eau tel des petits radeaux de papier.
Avec le temps, les poupées cessèrent d’être des jouets de papier et devinrent de plus en plus précieuses et richement décorées : les japonais ne les jetèrent plus à l’eau mais commencèrent à les exposer chez eux.
De ces deux rituels sont nés deux fêtes distinctes qui se célèbrent le même jour du 3 mars à Kyoto : la première, momo no sekku (momo signifie pêche en japonais) plus connue sous le nom de hina matsuri, et la deuxième, hina nagashi (poupée flottante).
Le hina matsuri est connu pour être la fête des filles, durant laquelle les familles qui ont une fille exposent chez elles une collection de poupées représentant le couple impérial entouré de leur cour durant la période Heian, et on décore les maisons avec des branches de pêchers en fleurs. Les scènes de poupées se mettent en place juste après Setsubun, et doivent être de nouveau rangées le 3 mars, sous peine de marier tardivement, voire pas du tout, la ou les jeunes filles de la maison.
Le coût très élevé de la collection complète (une quinzaine de poupées disposées sur des escaliers à 7 marches tapissées de rouge) explique que la plupart des familles se limite à posséder les deux poupées de l’Empereur et son épouse, et parfois un couple de musicien ou quelques accessoires. Ces poupées se transmettent en général de génération en génération, ou ont été reçu en cadeau de naissance, et sont gardées précieusement dans leur boite pendant onze mois de l’année.
Quant au rituel du hina nagashi ou nagashibina comme celui du sanctuaire Kamigamo, auquel nous avons participé, il met en scène des poupées en papier flottant sur des petites embarcations que les visiteurs lâchent sur la rivière après avoir prié pour leur santé.
Au préalable a lieu une cérémonie religieuse de purification par les prêtres et les mikos (leurs assistantes, qui ne sont pas des prêtresses), qui préparent les lieux pour recevoir les vœux des participants (qu’ils écrivent sur un bout de papier avant de le glisser à l’intérieur du bateau en papier puis d’abandonner ce dernier au cours d’eau).
Vous verrez clairement le déroulement du rituel dans la nouvelle vidéo que Tristan vous propose sur notre canal Youtube.
Le hina matsuri est une fête très connue, pourtant peu de gens connaissent vraiment son histoire. Si ces explications vous ont intéressés, vous aimerez aussi lire nos articles sur le rituel du shichigosan du mois de novembre ou encore sur la fête du Nouvel An au Japon.
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