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Les fêtes et les rituels célébrés au fil des saisons dans la ville de Kyôto marquent le rythme de la vie des Japonais et contribuent grandement à leur identité.

[…] à Kyoto, ville esthétique et mystique, tout commence par une saison. Mais laquelle ? Il est impossible de départager les passionnés du printemps (temps des sakura, les fleurs du cerisiers) et ceux de l’automne (saison des momiji, les feuilles rouges de l’erable). Si les admirateurs de l’été sont relativement rares – l’époque de l’année torride, humide et infestée de moustiques, surtout à Kyoto – on rencontre, parfois, quelques exaltés de l’hiver […]  » Le goût de Kyoto, Michaël Ferrier , éd. Mercure de France
 

Le shintô et le bouddhisme, qui sont les deux religions dominantes, ont largement influencé le rapport qu’entretiennent les Japonais avec la nature : ils l’honorent, la respectent, la craignent et la célèbrent.

Pour eux, elle est peuplée de millions de kami, et les hommes font partie de la nature au même titre que tous les autres êtres vivants et choses inanimées qui la composent. Contrairement aux Occidentaux, les Japonais n’ont pas une vision anthropocentrique du monde.

Leur approche au monde a favorisé un lien étroit avec la nature, basé sur l’observation attentive des cycles des saisons. Dans le Japon traditionnel, il n’y avait pas seulement quatre saisons, mais vingt-quatre, voire même 72 !

Comparé au calendrier qui divise les douze mois en trente ou trente et un jours, celui qui répartit les périodes de l’année en vingt-quatre saisons donnait du relief à la monotone répétition quotidienne et me causait une légère excitation. Ces saisons qui arrivaient tous les quinze jours étaient comme des gares où on montait et descendait. Telle petite gare montrait soudain son visage quand on sentait le changement de l’air. La péninsule aux vingt-quatre saisons, Mayumi Inaba, éd.

L’application 72 seasons, en téléchargement gratuit (en anglais seulement), nous informe de chaque microsaison qui commence, tous les 5 jours environ, d’une manière très poétique, en nous donnant également des indications sur les mots saisonniers, la nourriture saisonnière (essentiellement légume et poisson), et parfois les activités liées à la saison.

Par exemple, du 7 au 11 juillet, c’était la saison « du vent chaud qui souffle » et celle des prunes, du 12 au 16 juillet celle « des premiers boutons de fleur de lotus ». En ce moment, et jusqu’au 21 juillet, on peut observer « les jeunes faucons apprendre à voler ».

Cette façon précise et scrupuleuse de répertorier les phénomènes naturels a favorisé le développement d’un vocabulaire riche pour décrire certains de ces phénomènes, comme la pluie, le vent ou le brouillard :

Ce que le Français nommera « brume », « brouillard », le Japonais le rendra par kiri ou par kasumi. Météorologiquement, les deux phénomènes sont à peu près identiques ; mais kiri ne s’emploie qu’à propos de l’automne, et kasumi du printemps, dont ils sont respectivement des mots de saison. Pourquoi donc les distinguer ? Pour la bonne raison qu’un paysage de printemps n’est pas un paysage d’automne ; ni dans sa globalité ni, partant, dans chacun de ses éléments. La plupart des connotations de kiri ou de kasumi sont en effet diamétralement opposées : les premières teintées de mélancolie (kiri évoque le départ, le voyage, la fin des amours…), les autres baignées de joie de vivre. […] Augustin Berque, Le goût de Kyoto, ed. Mercure de France

D’autres mots japonais sans équivalent en français témoignent de la sensibilité des Japonais et de leur réceptivité face à la beauté de la nature: komorebi se réfère par exemple à la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles d’un arbre, ou encore hanafukubi décrit le vent qui souffle et fait voleter les pétales de fleurs de cerisiers. D’autres mots plus connus comme shinrin yoku, exprime le fait d’aller se ressourcer dans les bois, au milieu des arbres, d’aller  » prendre un bain de forêt « , tandis que hanami correspond à l’activité  de  » regarder les fleurs  » de sakura au printemps et kawaakari décrit un reflet de lumière sur l’eau comme la lune se reflétant dans la rivière.

Les saisons sont aussi partie intégrante de nombreux arts traditionnels et inspirent, voire motivent les artistes à créer.

C’est particulièrement flagrant dans l’art poétique des haiku, courts poèmes de 5, 7 et 5 syllabes qui incluent en général un mot de saison et cherchent à figer la fugacité d’un instant mondain.

L’esthétique japonaise ne repose pas sur une différenciation entre beauté et laideur mais plutôt entre fugitif (hakanai) et permanent : réintégrer dans le renouvellement éternel des saisons, où s’inscrivent nos brèves existences humaines, les instants vécus, les choses vues, en établir des listes, afin d’en prolonger la trace. En peindre les détails avec plus d’exactitude possible. C’est aussi ce à quoi s’attache l’art du haiku avec « sa volonté d’ordonnancement du monde » – état des cieux, activités humaines, flore et faune -, qui reprend les éléments du calendrier traditionnel japonais. Un automne à Kyôto, Corinne Atlan

À chaque saison son lot de symboles – aliments, fleurs et activités caractéristiques – reflété dans les imprimés textiles des vêtements traditionnels, dans les plats servis dans les restaurants, dans les pâtisseries qui accompagnent le thé, dans les bouquets de fleurs lovés au creux des tokonoma, etc.

« Comme la poésie et la peinture japonaises, l’iconographie du chanoyu (la cérémonie du thé, littéralement « l’eau chaude pour le thé ») est déterminée par le symbolisme des saisons. Traditionnellement, dans le déroulement du chanoyu on note la présence d’un bouquet de fleurs, chabana, la version de l’ikebana (l’art de l’arrangement floral) conçue expressément pour ce rituel. Tandis que les bouquets présentent une infinité de variétés et de détails, les calendriers sont eux quasiment stéréotypés, comme en témoigne cette liste élaborée par Sakaki Sanmi (1893-1969) […] Le Japon, qui depuis l’Antiquité utilisait le calendrier chinois luni-solaire, n’adopta le calendrier grégorien qu’en 1873, ce qui explique le décalage entre les données de cette liste et la date habituelle des floraisons dans nos pays. L’absence du cerisier est surprenante.

Nouvel An : pin, prunier
Février : saule pleureur, camélia
Mars : pêcher, iris
Avril : deutzia, pivoine chinoise
Mai : bambou, iris des marais
Juin : lys, astragale
Juillet : campanule, silène
Août : cyprès hinoki, genévrier
Septembre : chrysanthème, crête de coq
Octobre : baie de l’arbre à chapelets, nandina
Novembre : jonquille, chrysanthème d’hiver
Décembre : néflier du Japon, prunier japonais  » Le goût de Kyoto

Le passage des saisons est donc un élément central de la vie des Japonais, et à Kyôto, ville de fêtes et de rituels saisonniers par excellence, c’est encore plus vrai qu’ailleurs au Japon ! Les saisons y sont aussi très marquées et son atmosphère magique nous touche à chaque fois.

Comme l’exprime si bien Corinne Atlan, « Kyôto est en soi une leçon de sagesse. Si les grands cimetières et le passage marqué des saisons nous rappellent sans cesse à notre finitude et à l’impermanence des choses, la nature majestueuse et sauvage toute proche nous répète que nous sommes également inscrits dans un cycle pérenne. L’éternité ici n’est pas une ligne droite vers l’infini, mais un cercle, auquel est soumis tout ce qui vit : naissance, épanouissement, dégénérescence et mort, puis nouvelles naissances.
Printemps, été, automne, hiver, puis de nouveau le printemps. La vie s’écoule, se transforme, et recommence, mouvement continu dont l’issue n’est pas la mort, mais une transmission sans fin, au-delà de notre propre disparition. La mort individuelle, dont nous faisons si grand cas, est un incident mineur inscrit dans le grand mouvement cyclique. »

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