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Allons faire un petit tour du côté de la mer intérieure Seto, sur l’île de Awaji, à environ deux heures de route de Kyôto.

Au mois de décembre dernier, j’ai eu la chance d’être invitée par Émilie de Hariko Paper à passer une journée chez l’artisan de papier japonais Yoshiharu Okuda.

Okuda-san est un artisan autodidacte, qui a décidé, il y a maintenant une trentaine d’années, de faire revivre, avec l’aide de sa femme, le washi Tsunagami qui avait disparu de Awaji. C’est un papier lumineux et chaleureux fabriqué à partir de kōzo sauvage que Mr Okuda récolte lui-même autour de chez lui. 

Pour fabriquer du washi, il faut de la pâte à papier, un liant et de l’eau de bonne qualité

Pour obtenir sa pulpe à papier, Okuda-san a d’abord besoin de kōzo (mûrier à papier). Il pourrait l’acheter, comme d’autres le font (70% du washi au Japon est fabriqué à partir de fibres d’une qualité moindre importées de Chine, Thaïlande, Pérou), mais il préfère le récolter lui-même à la main à partir du mois de novembre, sur les collines environnantes (avec permission).

Une fois les tiges de kōzo coupées, on les passe à l’étuve, puis on les épluche puisque seule l’écorce de kōzo est utilisée dans la fabrication du washi.

C’est pour cette étape précise de  » l’épluchage « , que nous étions venues avec Émilie donner un coup de main à Mr et Mme Okuda ce jour-là. Une fois les tiges sorties de leur bain de vapeur, nous devions les débarrasser de leur écorce. Il fallait s’assurer de déshabiller chaque tige encore chaude afin d’obtenir de belles et longues lanières.

Ensuite, toutes ces lanières d’écorce sont rassemblées et nouées par petit paquet, puis laissées à sécher.

Elles seront ensuite grattées (pour retirer la surface externe de l’écorce), séchées au soleil (pour blanchir), bouillies, nettoyées de leurs impuretés et enfin battues avant de servir de pulpe à papier.

Des étapes laborieuses qui demandent un vrai coup de main, contrairement à l’épluchage qui ne demande rien de plus que de la bonne volonté. Avec sa récolte, Okuda-san produit environ 40 kg de fibres par an.

Le deuxième ingrédient indispensable à la pâte à papier est le neri, une substance qui permet une bonne suspension des fibres végétales dans le bain d’eau et qui sert aussi de liant une fois que la feuille de papier est sèche.

Dans le cas de Okuda-san, cette substance gélatineuse est obtenue en battant la racine d’une plante appelée tororo aoi. Cette plante est cultivée aujourd’hui au Japon à 80% par des cultivateurs qui prendront leur retraite d’ici à deux ans seulement ! Une réalité qui laisse perplexe quant au destin des derniers ateliers de papier washi au Japon (on comptait encore près de 3000 ateliers jusque dans les années 60, contre environ 300 aujourd’hui). Mr Okuda, quant à lui, cultive son tororo aoi et ne dépend donc pas des autres cultivateurs.

Enfin, le dernier ingrédient indispensable à la bonne qualité du papier obtenu est l’eau de source. Cette eau doit être la plus pure possible, et pour cette raison, les ateliers de papier se trouvent principalement loin des grandes villes et de la pollution, dans des vallées où des rivières ont puisé leur eau directement des montagnes. C’est en hiver que la pureté de l’eau est la meilleure, et c’est donc entre décembre et février que les artisans fabriquent leur papier.

C’est avec ces trois ingrédients de base (pulpe, neri et eau) et des outils traditionnels (notamment un tamis constitué d’un cadre en bambou et d’un écran de roseau) que chaque artisan produit un papier unique. En effet, on peut ajouter d’autres ingrédients à la pâte à papier, et les techniques de façonnage diffèrent d’un atelier à l’autre.

Par exemple, Okuda-san lisse son papier avec une feuille de camélia pour le rendre brillant et il créé également toute une gamme de papier colorés en teignant son papier avec des teintures végétales d’oignon et d’eucalyptus récoltés sur l’île (retrouvez son papier sur la boutique Hariko Paper).

Comme vous l’avez compris, la fabrication de washi est laborieuse et pénible (les artisans travaillent dans le froid et l’humidité), de moins en moins lucrative, et en plein déclin (toute la chaine est en péril, du cultivateur, aux fabricants d’outils et artisan du papier). 

Alors que le gouvernement japonais, bien que fier et respectueux de ses traditions, ne semble pas offrir de soutien ou de solution à ces artisans, il ne resterait guère que l’ouverture à l’internationale pour aider ces ateliers à survivre, et surtout à transmettre leur savoir-faire ancestral aux futures générations.

L’artisanat du papier n’est malheureusement pas le seul à disparaitre, ni au Japon, ni ailleurs. L’industrialisation, la mondialisation, la recherche du profit, la consommation irresponsable ont fait que les artisanats du monde entier, dans tous les domaines possibles, ont décliné parfois jusqu’à leur disparition.

Et pourtant !  » Si en ce début du XXIè siècle, l’économie virtuelle semble avoir montré ses limites, l’artisanat, tel qu’il se forme actuellement, en représentant, par opposition, l’économie du réel comme moyen d’évolution de la société vers une meilleure prise en compte des personnes et de l’environnement, pourrait être un espoir pour le bien être des générations futures. L’artisanat n’est plus alors une survivance du passé mais l’un des socles de la société et de son évolution […]  » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisanat )

Tout n’est donc pas perdu ! Certaines formes d’artisanat connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment l’artisanat textile. Et au regard de la crise que nous sommes tous en train de traverser, il semblerait que les consommateurs que nous sommes se posent beaucoup de questions et trouveraient des réponses vers des modes de vie plus slow.

Le modèle actuel de consommation qui favorise la quantité, la rapidité et le « pas cher » sera-t-il supplanté par un modèle qui valorise la qualité, le travail humain, éthique et respectueux de l’environnement ?

Nous l’espérons tous !

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