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Au Japon, le papier washi (litt. papier japonais) joue un rôle très important au quotidien et son utilisation est omniprésente : fêtes traditionnelles et rituels shintô (décorations et bandelettes shide), architecture (shōji et fusuma), art et calligraphie (kakemono, estampes), lanternes, invitations et diplômes, etc. 

« Il nous suffit de voir la texture d’un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le cœur à l’aise. »  écrivait Junichirô Tanizaki dans Éloge de l’ombre.

Et si vous avez déjà tenu une feuille de papier washi entre les mains, vous comprendrez tout à fait. J’ai d’ailleurs lu dans un article intéressant que l’étymologie du mot washi, qui s’écrit 和紙 , s’interprétait aussi comme « papier de la paix, de l’harmonie, ou encore des dieux. » 

Depuis 1300 ans, le papier japonais est fabriqué à partir d’arbustes natifs tels que le kōzo (mûrier à papier), le gampi ou encore le mitsumata, qui procurent des fibres végétales longues et permettent l’obtention d’un papier fin et résistant. 

Le papier washi se distingue par sa texture légère et douce (les fibres longues s’entrecroisant se distinguent par transparence en portant une feuille de papier à la lumière), son air délicat, et sa grande résistance.

C’est un papier d’une extrême élégance particulièrement apprécié des artistes. Il en existe des centaines de variétés dont trois ont été déclarées en 2014 Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO. 

 Et pourtant, la fabrication du papier washi est en réel déclin depuis des années. Comme toutes les formes d’artisanat traditionnelles, l’art de fabriquer du papier à la main n’attire plus les jeunes générations. C’est un travail très laborieux et, malheureusement, plus vraiment lucratif. La mécanisation de sa fabrication, et la domination du papier occidental, ont fait que de nombreux ateliers artisanaux de washi ferment chaque année. Et ce, malgré une demande grandissante du marché international. La barrière de la langue, ainsi que l’absence de boutique en ligne, sont alors les principaux obstacles à des relations commerciales entre les artisans et les acheteurs occidentaux. 

À moins de suivre le modèle (sûrement controversé par les puristes) de la papeterie Awagami que nous avions visitée en 2018, il sera difficile aux artisans du papier japonais de garantir la transmission de leur savoir-faire aux futures générations.   

Heureusement, des passionnés, comme Émilie de Hariko Paper, travaillent d’arrache-pied avec les artisans qu’elle rencontre pour faire découvrir leurs merveilleux papiers au monde entier à travers sa boutique en ligne, et éviter qu’ils tombent dans l’oubli à tout jamais. 

Émilie a fondé Hariko Paper dans le but d’aider les artisans à promouvoir leurs papiers en les vendant à l’international. Elle vit à Kyoto avec son mari et son fils de deux ans. Elle a découvert l’univers du papier japonais il y a 10 ans dans une papeterie de Kyoto, avec du joli papier à motifs, appelé yuzengami, inspiré de la technique de teinture yuzen des kimono. Si les myriades de designs colorés ont un charme indéniable, c’est le washi en lui-même qui l’a rapidement attirée. 

Elle a donc commencé à visiter des ateliers de washi, et le côté créatif mêlé au côté technique l’a complètement fascinée, sûrement à cause de son esprit scientifique (Émilie est Docteur en chimie, et elle a fait son doctorat dans la région d’Osaka, où son aventure au Japon a commencé).

De ses discussions avec les artisanes et artisans durant lesquelles ils partageaient leur histoire personnelle avec le washi et leur savoir-faire, elle a découvert le côté humain du métier, et s’est décidé à les soutenir. D’autant plus qu’Émilie a identifié un autre problème : celui de communication entre les artisans japonais (qui ne parlent souvent que japonais) et leur public non-japonais (qui ne parle pas japonais) !

Elle a d’abord commencé à parler de papier japonais sur chiyogamitouch.com, puis elle a lancé la Washi box qui était une sélection mensuelle de papiers yuzen pour le fun, et de washi faits-main pour initier les gens à cette matière incroyable.
Depuis 2017, elle se consacre totalement à la promotion de l’artisanat du washi avec Hariko Paper.

Émilie ne cesse de se former, en poursuivant les visites d’atelier et en participant à des conférences. Afin de mieux comprendre les enjeux et les défis de l’artisanat du washi, elle est également membre de l’Association Nationale du Washi Artisanal.

Elle s’est donné comme mission de rencontrer les fabricants de washi, parler de leur métier et apporter un soutien à leur vie via l’export de leurs produits. Elle aimerait que tout le monde connaisse le lien fascinant qu’il existe entre l’humilité des artisans et la chaleur du papier qu’ils façonnent.

De plus, si vous êtes intéressée par une visite d’atelier pour des besoins professionnels, Émilie peut organiser votre voyage et vous accompagner. Enfin, elle vous propose aussi de vous guider dans plusieurs papeteries de la ville, si vous voulez faire des achats raisonnables et éclairés (pour mieux en profiter par la suite).

Pour aller plus loin :

Livres :

Les ressources en français manquent un peu. Emilie recommande le livre d’Erik Orsenna “Sur la route du papier”, qu’elle avoue n’avoir pas encore lu.
Sinon, en anglais, un livre plutôt technique mais indispensable si l’on s’intéresse à la fabrication du washi est “Japanese papermaking” de Timothy Barrett : tout le processus ainsi que les outils de travail sont décrits en détail par l’auteur qui est allé étudier le washi auprès des artisans japonais. 

Blogs :

Hariko Paper, vous ne trouverez aucun autre site aussi informatif sur le washi en français.

Visites d’ateliers au Japon :

De nombreuses régions au Japon sont connues pour le washi : Saitama non loin de Tokyo, Echizen dans le Fukui, Mino dans la belle préfecture de Gifu, Hamada qui se trouve à Shimane (bien souvent sous-estimé), ou encore Inshu à Tottori, et Yoshino à Nara. Vous y trouverez des ateliers et des galeries ouverts au public.

La papeterie Awagami, sur l’île de Shikoku, accueille des visiteurs toute l’année et propose des stages de fabrication de papier chaque été, en plus de résidences d’artistes. 

Papeteries de Kyoto (toutes référencées sur la carte Google Slow Kyoto dans la catégorie « souvenirs à ramener ») :

  • La papeterie Kamiji Kakimoto, et les autres boutiques du quartier ; et la papeterie Morita Washi.
  • La très ancienne boutique Kyukyodo, qui propose, en plus de papiers japonais, une belle sélection de pinceaux, d’encre et d’encens.
  • Kamisoe : une minuscule boutique pour un papier d’art fait à la main avec la technique du karakami. Collection de papiers à lettres et enveloppes pour les amoureux de l’écriture à la main. Visite recommandée si vous êtes dans le coin (temple Daitokuji ou onsen Funaoka par exemple), car la boutique est extrêmement minimaliste au risque de frustration.
  • Dans un autre registre, la boutique HIRAETH où vous trouverez les produits de papeterie Cozyca : cartes postales, washi tape et papiers à lettres. Les collections sont des collaborations avec divers artistes contemporains. Ils ne vendent pas de washi mais si vous aimez le papier, il y a des chances pour que vous aimiez la papeterie en général.

    Pour le fun, et si vous aimez les travaux manuels, voici quelques tutoriels avec du papier washi :

    Sur notre canal Youtube, vous apprendrez à faire une guirlande avec des bombes à eau en origami, et un petit carnet cousu à la main très simple et rapide à faire (pour un futur carnet de voyage ?).
    Et puis, vous trouverez sur le blog et dans les livres d’Adeline Klam des tas d’idées, notamment pour vos papiers origami. 

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